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De la country dans le bordelais

Cheveux gris et yeux rieurs, l’Américain Daniel Antopolsky fait glisser ses doigts calleux sur sa guitare. « Open up your heart », chante doucement l’ancien compagnon de route de l’icône de la musique folk Townes Van Zandt, entouré de ses pommiers et poules dans sa vieille maison en pierre près de Bordeaux, en France. « Ouvre ton coeur » lance cette chanson composée au début des années 70, « Sweet Lovin’Music », mélange de country, folk et blues. A 69 ans, Daniel se souvient parfaitement de ce jour de 1972: « A Dallas, il y avait un rassemblement chrétien et on ne pouvait pas aller en ville. Alors, on s’est arrêté à l’hôtel et nous avons chacun fait une chanson. » « Townes était dans la chambre et il a écrit peut-être sa chanson la plus célèbre: « Pancho and Lefty » », reprise ensuite par quantité de chanteurs, raconte ce musicien gaucher. « J’ai écrit dehors « Sweet Lovin’Music » et il m’a dit: +c’est une jolie chanson. Si tu fais un album, tu pourrais l’appeler comme ça ». Quarante ans plus tard, Daniel s’en est souvenu au moment d’enregistrer en 2013 son premier disque à Nashville, dans le Tennessee aux Etats-Unis, après sa rencontre avec Jason Ressler, un producteur de films qui lui consacre un documentaire. S’ensuivront un concert au prestigieux festival South by Southwest à Austin (Texas) et deux autres albums réalisés, cette fois, chez lui à Fargues-Saint-Hilaire, dans le sud-ouest de la France. Loin des studios trop techniques car cet auteur-compositeur qui a « peur de chanter devant les gens » se sent plus à l’aise en compagnie de sa femme Sylvia, son chat Bingo et la nature qu’il célèbre dans ses chansons. Une nature qui le rattache à ses racines américaines, au fin fond de la Georgie. A Augusta, le petit Daniel partage son temps entre la quincaillerie, fondée par sa famille polonaise, et la campagne. Enfant, il est élevé par Franny, une femme noire qui lui fait découvrir le blues et le gospel, car sa mère tombe malade après sa naissance et décède lorsqu’il a dix ans. Juif, il dit aussi avoir été influencé par les chants entendus à la synagogue. Son père meurt durant ses années lycée, période où il écrit sa première chanson. Diplôme de journalisme en poche, ce hippie barbu aux cheveux longs s’achète alors un minivan et part avec Townes Van Zandt, rencontré dans un bar, vers Nashville, Atlanta et Dallas où il l’accompagne en concert. « C’était un troubadour, marrant et beau », se rappelle Daniel. L’aventure s’arrête à Houston. Townes fait une overdose et son ami l’emmène à l’hôpital où il sera sauvé in extremis. « Ce qui m’a préservé, c’est ma peur des aiguilles », souligne Daniel, adepte à l’époque d’autres drogues mais pas de l’héroïne.

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